L’histoire du Léonberg : les véritables origines d’un chien devenu légendaire

Bâtiments historiques à colombages autour d'une fontaine de place de marché au coucher du soleil

Une race née en Allemagne au XIXe siècle


Le Léonberg est une race allemande dont l’histoire commence au XIXe siècle, dans la ville de Leonberg, située près de Stuttgart, dans l’ancien royaume de Wurtemberg.

Son nom vient tout simplement de cette ville. Leonberg possède un lion sur ses armoiries, et c’est justement ce grand félin qui aurait inspiré l’apparence recherchée pour ce nouveau chien.

À l’origine de cette histoire se trouve Heinrich Essig (1809-1889), conseiller municipal de Leonberg, commerçant et passionné d’animaux. Il était également un important marchand de chiens et possédait de nombreux animaux dans son élevage.

Essig avait une véritable passion pour les chiens de grande taille et aurait cherché à développer un chien imposant, élégant et suffisamment impressionnant pour rappeler le lion présent sur les armoiries de sa ville.

La naissance du Léonberg doit donc beaucoup à la personnalité d’Heinrich Essig, mais aussi au contexte de l’époque, où les grandes races de chiens connaissaient un véritable engouement.

Terre-Neuve, Saint-Bernard et Montagne des Pyrénées : la version traditionnelle


C’est ici que commence une partie plus mystérieuse de l’histoire du Léonberg.

Selon le récit traditionnel transmis depuis l’époque d’Essig, celui-ci aurait commencé son travail de sélection en croisant une femelle Terre-Neuve de type Landseer, noire et blanche, avec un chien de type Saint-Bernard, appelé « Barry », provenant de l’hospice du Grand-Saint-Bernard.

Les descendants auraient ensuite été sélectionnés et de nouveaux Saint-Bernard auraient été utilisés. Un Chien de montagne des Pyrénées aurait également participé au développement de la race.

Le but aurait été d'obtenir progressivement un chien de très grande taille, à la fourrure abondante et à l'apparence majestueuse.

Cette version est d'ailleurs celle reprise dans le résumé historique du standard de la Fédération Cynologique Internationale (FCI).

Mais peut-on vraiment parler de la recette du Léonberg ?


C'est probablement le point le plus important lorsqu'on veut raconter la véritable histoire de la race.

Il est souvent présenté comme une certitude que le Léonberg serait né exactement du croisement :

Terre-Neuve × Saint-Bernard × Chien de montagne des Pyrénées.

En réalité, les historiens et les clubs de race sont beaucoup plus prudents.

Heinrich Essig n'a pas laissé de registre d'élevage suffisamment précis permettant de démontrer l'ensemble de son programme de sélection. Plusieurs sources spécialisées soulignent que les origines exactes du Léonberg restent difficiles à établir et que d'autres chiens ont très probablement pu participer à la formation de la race.

Il existait déjà, dans le sud de l'Allemagne, de grands chiens de ferme et de garde qui ne correspondaient pas forcément aux races officiellement définies que nous connaissons aujourd'hui. Il est donc possible que certains de ces chiens aient également contribué au patrimoine génétique des premiers Léonbergs.

Autrement dit, l'histoire des croisements racontée depuis plus d'un siècle est la version traditionnelle de la création de la race, mais elle ne doit pas être présentée comme une recette génétique parfaitement démontrée.

C'est justement ce qui rend les débuts du Léonberg aussi fascinants : une partie de son histoire repose sur des faits, une autre sur les déclarations d'Essig et une autre encore sur la tradition cynologique.

1846 : la naissance officielle du Léonberg


L'année 1846 est généralement considérée comme l'année fondatrice de la race.

C'est à cette période que les premiers chiens véritablement désignés sous le nom de « Leonberger » apparaissent.

Les premiers sujets ne ressemblaient cependant pas exactement au Léonberg que nous connaissons aujourd'hui. Les chiens issus des premiers croisements pouvaient notamment présenter des robes beaucoup plus claires, voire blanches.

Avec les générations et la sélection, le type recherché s'est progressivement fixé.

Le chien recherché par Essig devait être grand, puissant et élégant, mais également posséder cette apparence de lion qui allait devenir l'une des signatures de la race.

Écu jaune au lion rampant couronné de noir et aux accents rouges, ressemblant à un blason héraldique.

Un chien qui devient rapidement un symbole de prestige


Heinrich Essig ne s'est pas contenté de produire de grands chiens : il savait aussi parfaitement les vendre.

C'était un commerçant et un homme qui connaissait l'importance de la communication. Il aurait vendu plusieurs centaines de chiens certaines années, contribuant largement à faire connaître le nouveau Léonberg bien au-delà de sa ville d'origine.

Au XIXe siècle, posséder un grand chien spectaculaire était également un signe de prestige.

Le Léonberg séduisit ainsi des membres de familles royales et de l'aristocratie européenne. Parmi les personnalités auxquelles la tradition associe des Léonbergs figurent notamment Napoléon III, l'impératrice Élisabeth d'Autriche (« Sissi »), le roi Umberto Ier d'Italie et le tsar Alexandre II de Russie.

Cette popularité contribua énormément à la diffusion de la race en Europe puis dans d'autres régions du monde.

Après Essig : la race commence à se structurer


Heinrich Essig meurt en 1889.

À cette époque, le Léonberg est déjà connu, mais la race n'est pas encore organisée autour d'un standard aussi précis que ceux que nous connaissons aujourd'hui.

Les premiers passionnés vont alors jouer un rôle essentiel dans sa sauvegarde et sa structuration.

Les premiers clubs consacrés au Léonberg apparaissent à partir des années 1890. Parmi les personnes importantes de cette période figure Albert Kull, qui participa à la rédaction du premier standard de la race.

Cette étape est capitale : le Léonberg passe progressivement d'une création essentiellement liée au travail et à la vision d'un homme à une race encadrée par des éleveurs et des clubs spécialisés.


Du chien de prestige au chien de ferme


Contrairement à l'image luxueuse que l'histoire du XIXe siècle peut donner du Léonberg, la race n'était pas uniquement un chien destiné à l'aristocratie.

Dans le Bade-Wurtemberg, il fut également utilisé comme chien de ferme, de garde et de traction.

Sa taille, sa puissance et son caractère en faisaient un chien polyvalent. Il pouvait participer à différents travaux et jouer un rôle de gardien auprès des propriétés et des familles.

Cette polyvalence explique en partie pourquoi le Léonberg moderne est décrit comme un chien de garde, de compagnie et de famille dans le standard de la FCI.


Le Léonberg moderne


Au fil du XXe siècle, le type du Léonberg s'est progressivement stabilisé.

Le chien que nous connaissons aujourd'hui a conservé les caractéristiques qui ont fait son succès : une taille imposante, une silhouette harmonieuse, une abondante fourrure et cette expression particulière renforcée par son masque noir.

Mais derrière son apparence spectaculaire se trouve surtout un chien polyvalent et proche de l'homme.

Le standard officiel de la FCI classe aujourd'hui le Léonberg dans le groupe 2, parmi les molossoïdes et les chiens de montagne. Sa fonction est définie comme celle d'un chien de garde, de compagnie et de famille.

Chien leonberg mâle
Chienne Leonberg Sanae de la tribu des hermines

Un lion par son apparence, un géant par sa douceur


Aujourd'hui, le Léonberg impressionne d'abord par

sa taille et son allure.

Pourtant, ceux qui vivent avec lui connaissent une autre facette de ce chien : derrière son physique puissant se trouve un animal profondément attaché à sa famille.

Son histoire explique en partie cette dualité. Il devait être suffisamment imposant pour impressionner et garder, mais également suffisamment équilibré pour vivre aux côtés de l'homme.

C'est probablement cette combinaison entre force, élégance, polyvalence et tempérament familial qui a permis au Léonberg de traverser près de deux siècles d'histoire.

Né à Leonberg au XIXe siècle, il porte encore aujourd'hui le symbole qui aurait inspiré sa création : le lion.

Mais sa véritable force n'est peut-être pas seulement dans son apparence.

Elle réside dans cette histoire extraordinaire d'une race qui, malgré les incertitudes de ses origines et les épreuves de l'Histoire, a réussi à survivre et à devenir l'un des grands chiens les plus reconnaissables au monde.


Les guerres : une race plusieurs fois menacée de disparition


L'histoire du Léonberg connaît ensuite des périodes particulièrement difficiles.

Les deux guerres mondiales et les années de pénurie qui les accompagnent ont fortement réduit les effectifs.

La situation fut particulièrement critique après la Première Guerre mondiale. Selon le Leonberger Club of America, des passionnés entreprirent alors de rechercher les Léonbergs encore présents en Allemagne. Ils n'en auraient retrouvé qu'un petit nombre correspondant aux critères nécessaires à la reproduction.

En 1922, plusieurs passionnés se regroupèrent au sein d'une coopérative d'élevage afin de reconstruire la race. Leur travail permit une véritable renaissance du Léonberg en quelques années.

La Seconde Guerre mondiale provoqua à nouveau une importante diminution des effectifs.

La survie de la race doit donc beaucoup à la détermination de quelques éleveurs et passionnés qui ont refusé de la laisser disparaître.

Le véritable héritage d'Heinrich Essig

Alors, quelle est finalement la véritable histoire du Léonberg ?

Il est certain que Heinrich Essig a joué un rôle déterminant dans la création et surtout dans la diffusion de la race à partir du milieu du XIXe siècle.

Il est également établi que les premiers chiens appelés Léonbergs apparaissent en 1846, à Leonberg, et que la sélection traditionnelle fait intervenir des chiens de type Terre-Neuve, Saint-Bernard et Chien de montagne des Pyrénées.

En revanche, il serait historiquement incorrect de prétendre que nous connaissons avec certitude chaque croisement réalisé par Essig. Les documents disponibles ne permettent pas de reconstituer parfaitement son programme d'élevage.

La légende du lion reste néanmoins profondément liée à l'identité de la race.

Le Léonberg n'est donc pas seulement un chien créé pour ressembler à un lion : c'est le résultat d'une époque, du travail d'un homme, de la sélection de plusieurs générations d'éleveurs et de la persévérance de passionnés qui ont permis à la race de traverser les périodes les plus difficiles de son histoire.

À retenir

  • Origine : Leonberg, Allemagne
  • Personnage central : Heinrich Essig
  • Période de création : milieu du XIXe siècle
  • Année généralement retenue pour la naissance de la race : 1846
  • Races traditionnellement citées dans sa création : Terre-Neuve de type Landseer, Saint-Bernard et Chien de montagne des Pyrénées
  • Particularité historique : les détails exacts des croisements restent incertains
  • Symbole : le lion des armoiries de Leonberg
  • Utilisations historiques : chien de ferme, de garde, de traction et de compagnie
  • Utilisation actuelle selon la FCI : chien de garde, de compagnie et de famille